Former des personnels d’encadrement nécessite de les engager dans un apprentissage efficace et utile à la structure qui l’emploie. C’est d’ailleurs vrai pour toute autre stagiaire. La gamification aide à susciter l’intérêt de l’apprenant, l’énaction à le situer fermement dans le monde dans lequel il vit.
Jouer pour se former
C’est désormais acté, les neurosciences nous l’ont prouvé : se tromper est la meilleure façon d’apprendre. Et quoi de mieux qu’un jeu pour se permettre de se tromper ? Dans un jeu, pas d’enjeu ! Sauf peut-être celui de passer un bon moment.
Gamifier c’est se servir de jeux ou en créer, c’est les utiliser comme outil de formation. C’est aussi utiliser la dynamique pour éveiller l’envie, la maintenir grâce au rythme et surtout provoquer des réactions et réponses à chaque action du stagiaire.
« Le participant est au cœur du dispositif, il est acteur et interagit avec le contenu et les autres participants de manière plus personnelle et plus efficace. »1
Dans les tous prochains jours, je vais, par exemple, utiliser un jeu collaboratif où les participants vont devoir piloter un avion et le faire atterrir. Mes douze stagiaires seront répartis en deux groupes. Ils devront se distribuer les rôles : observateur, garant du respect des règles du jeu, pilote, conseil, etc. Les décisions de chacun auront un impact direct sur chacune des manches, sur la réussite des objectifs intermédiaires et sur le triomphe final. Au-delà du feed-back immédiat, nous aurons une prise de conscience de ce qu’engendrent nos prises de position individuelles pour le reste d’une équipe dans leur propre domaine professionnel.
Plus tard, nous utiliserons un jeu pédagogique dédié à la sensibilisation à l’incidence de nos actes personnels et collectifs sur l’environnement. C’est un sujet beaucoup plus dense et ardu qu’il n’y paraît. Le jeu est parfait pour attirer l’attention des stagiaires sans les assommer de chiffres. Nous réfléchirons ensuite aux mesures concrètes qui peuvent être prises dans leur domaine et à leur niveau.
Situer pour se former
Le jeu permet d’ancrer les notions. Mais que seraient ces notions sans les situer concrètement dans le domaine professionnel de la personne ?
Car après tout, et d’après cette phrase que je ne résiste pas à vous partager :
« la compétence n’a donc de sens que dans l’action et en situation. La preuve du pudding, c’est qu’on le mange »2.
Cet ouvrage, dont je vous partage les références en note, m’a confortée dans le choix de proposer une partie de mise en situation en milieu professionnel. Il préconise de développer trois intelligences chez les apprenants : dispositionnelle, autrement dit la maîtrise de soi ; positionnelle, autrement dit la maîtrise des situations ; gestuelle, autrement dit la dextérité.
Cette dextérité mène à une performance durable. Quand elle n’est pas manuelle, ce peut être tout capacité que l’on constate par un résultat tangible, par des indicateurs de compétence. Cette performance n’est pas celle que sanctionne un examen final qui ne révèlerait que la capacité à performer en évaluation.
La maîtrise de soi, c’est la capacité à se mettre dans de bonnes dispositions : avoir confiance en soi, maîtriser ses émotions, gérer son stress, comprendre ses motivations, mettre en adéquation son projet avec ses aspirations, ses ambitions, ses valeurs, ses espérances, lever les représentations erronées, lever les freins, les croyances limitantes, etc.
Maîtriser les situations, c’est comprendre le contexte, les tenants et les aboutissants du projet de la structure pour laquelle on travaille, c’est comprendre pourquoi on obéit à des normes, des règles et des règlements, des lois formelles ou informelles.
La dextérité, l’habileté, c’est savoir et savoir faire, savoir réagir, être doté d’outils et savoir les utiliser de façon fluide.
Intérioriser pour se former
C’est l’articulation de ces trois éléments disposition, position, geste, qui mène à une compétence durable. Le stagiaire passe de la symbiose à l’extériorité, puis intériorise ses apprentissages.
Dans l’ouvrage cité précédemment, des exemples illustrent ces trois phases : en amour, nous passons de la fusion béate où nous sommes « totalement immergés dans [la] relation », à une phase où quelques disputes nous ont appris à mieux connaître l’autre. Nous sommes alors deux personnes distinctes dans une relation. Enfin la troisième phase nous permet de former un couple qui peut souvent se parler sans mots, anticiper les réactions de l’autre sans avoir à le questionner.
Le deuxième exemple est celui du cycliste qui, au début subit le vélo. Il n’anticipe aucun de ses gestes et la machine avance ou tombe sans qu’il puisse le prévoir. Ensuite, il la maîtrise. Il agit. Il sait qu’en appuyant sur la pédale ou sur le frein, il va se passer quelque chose de précis. Il comprend pourquoi et comment. Et enfin le cycliste peut prédire les réactions de son vélo, sentir le sol. Il anticipe.
Mozart, quant à lui était capable de rejouer une partition de Saliéri simplement en l’ayant entendue. À cet instant, il ne faisait que retranscrire ce qu’il avait perçu. Il pouvait ensuite y ajouter des variations personnelles, l’améliorer, quitte à vexer l’auteur, et enfin l’intégrer à une de ses propres œuvres, s’en inspirer, la rendre méconnaissable avec juste un petit air familier.
Au fond, lorsque l’on arrive à cette étape, « on ne voit plus les coutures ». C’est grâce à la pratique et le temps que les apprenants arrivent à ce résultat, mais il faut que le déclic ait eu lieu en formation.
Si j’ai pu expérimenter, par exemple grâce au jeu, mais aussi sur le terrain, j’évolue dans un environnement que je comprends. Si je peux contrôler mes réactions parce que mes actions poursuivent un but, si je sais clairement dans quelles circonstances je peux employer telle méthode ou tel instrument et que son utilisation me paraît naturelle, alors j’ai atteint les objectifs de mon apprentissage.
1. La Petite Boîte à outils de la ludopédagogie de Xavier Delengaigne et Anne-Claire Prévost. Éditions Dunod – 2025.
2. Énaction. Apprendre et enseigner en situation de Domenico Masciotra, Wolff-Michael Roth et Denise Morel. Éditions De Boeck – 2008.




