Prévention du suicide chez les jeunes : comprendre les signaux d’alerte et agir en tant que professionnel

La Direction de la Recherche des Études, de l’Évaluation et des Statistiques (DREES) a publié, le 25 février 2025, le sixième rapport de l’Observatoire national du suicide.
https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/rapports/suicide-mal-etre-croissant-des-jeunes-femmes-et-fin-de
La mort volontaire des adolescents est une réalité à prendre en compte lorsque l’on travaille auprès d’eux. Nous verrons ici les facteurs de passage à l’acte, quels signes doivent nous alerter, notre rôle de professionnels.
« En France, comme à l’international, le suicide demeure la deuxième cause de décès parmi les jeunes de 15 à 24 ans. […] Les antécédents de tentatives de suicide constituent d’ailleurs, chez les adolescents et les jeunes adultes, l’un des principaux facteurs de risque de décès par suicide. »
Depuis la pandémie, on constate une hausse des pensées suicidaires et des tentatives de suicide des jeunes. Les idées noires ne doivent pas être négligées.

Dépression chez les jeunes : repérer les signes avant-coureurs

« Les adolescents qui présentent un risque élevé d’état dépressif sont particulièrement concernés par les PS [pensées suicidaires] (61,3 % contre 13,1 % chez les autres) et les TS [tentatives de suicide] au cours de la vie (12,5 % contre 2,3 % chez les autres). »
L’adolescence bouleverse, provoque des réactions d’irritabilité, de repli sur soi. Les émotions décuplées s’expriment fortement. Ce qui doit nous alerter c’est la persistance de comportements, plus de quinze jours, sans période d’accalmie : la fatigabilité, la tristesse, le manque d’envie, une coupure avec les amis, un appétit démesuré ou à l’inverse, une perte du goût de manger, un besoin de dormir excessif ou au contraire l’insomnie. Les parents peuvent faire ces observations. Les professionnels que nous sommes peuvent constater des modifications sensibles de l’attitude, en particulier si les notes baissent et que le jeune déclare se sentir nul ou dépassé. Notre devoir est d’alerter et d’être à l’écoute.

Conduites à risque : un indicateur du mal-être adolescent

Le propre de l’adolescence est de se mettre en danger pour se sentir vivant, donner un sens à son existence, contrer un sentiment d’impuissance face au rêve, terriblement angoissant, de devenir un adulte libre. Au-delà des accidents de la route, première cause de mortalité chez les 15-24 ans, l’usage de substances plus ou moins immédiatement nocives peut les amener au suicide.
« Les PS et surtout les TS sont fortement associées à l’usage quotidien du tabac, l’usage régulier de l’alcool et de cannabis, ainsi qu’à l’expérimentation de substances illicites autres (…) Si l’association entre le risque suicidaire et le tabac est depuis longtemps établie, la nature de ce lien fait encore aujourd’hui débat. »
Nous sommes tous concernés par les actions de prévention santé. À l’âge de la provocation, rien de tel qu’un adulte moralisateur pour engendrer l’inverse de l’effet escompté. Notre posture professionnelle ne doit pas se rendre complice des frasques adolescentes. Nous ne devons pas non plus afficher de l’indifférence, penser « qu’il faut bien que jeunesse se passe ». Il s’agirait d’une trahison envers ces jeunes qui cherchent à transgresser le cadre, juste pour s’assurer de sa persistance.
Sans entrer dans les détails de ce qui se passe physiologiquement dans leur corps, nous devrions mettre en exergue le lien de causalité entre dépression et tabac, qui pourrait leur échapper.
L’usage convivial de l’alcool, déjà nocif quand il est excessif, augmente l’anxiété et conduit à un mal-être profond lorsque le consommateur l’utilise pour apaiser des tensions. Nous devons expliquer cela simplement. Même chose pour le cannabis qui, en plus, amène l’adolescent à fréquenter un milieu interlope fascinant et dangereux, comme une porte vers un monde interdit.

Les jeunes filles face à une détresse croissante

Chaque jour, 25 personnes se suicident en France. Les hommes sont trois fois plus nombreux que les femmes. Pourtant, « de manière systématique, les filles rapportent un nombre plus élevé de pensées et conduites suicidaires que les garçons. En 2022, la prévalence des PS est ainsi deux fois plus élevée chez les filles que chez les garçons (24 % contre 12,3 %), et le nombre de celles qui déclarent au moins une TS dans leur vie est plus de deux fois supérieur (4,8 % contre 2,0 %). »
Nous, professionnels, savons que les insultes sexistes, les injonctions violentes à adopter un comportement attendu par le genre fusent dans les cours de récréation. Nous devons systématiquement rappeler à l’ordre les contrevenants à la loi et à la tolérance, car nous manquons de moyens d’agir sur les réseaux sociaux où ces batailles se poursuivent.
L’adolescence bouleverse le corps. Les signes physiques du passage à l’âge adulte sont remarqués, traqués, jalousés, craints. La moindre maladresse de gestion d’une moustache naissante ou de l’arrivée des menstruations crée des drames. Nous devons éviter qu’ils ne prennent de l’ampleur et ne conduisent la victime à une phobie sociale, nuisible à sa scolarité et surtout à sa santé mentale.

Le poids qui pèse sur les épaules des parents et des professionnels est énorme, on le voit. Le risque de suicide des jeunes est réel et je me devais d’écrire cet article, quitte à plomber cette rentrée si bien partie. Mais la voilà la bienveillance dont chacun parle tout le temps. Je dis toujours que ce n’est pas une option et je le maintiens. Alors, veillez bien. Surveiller, c’est veiller sur… Plus ils sont chi…, plus cela veut dire qu’ils ont besoin de nous, les adultes.

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