Selon vie-publique.fr, « la Commission a proposé (…), le 11 novembre 2025, la création de la première réserve de solidarité. »1
Le 11 novembre, vraiment ? Quelle belle façon de rendre hommage aux 190 000 combattants maghrébins ou aux 134 000 tirailleurs sénégalais que de s’organiser pour se refiler « la patate chaude » que sont devenus les migrants !
En attendant, j’aimerais que la solidarité leur profite. Je connais des histoires qui méritent d’être racontées.
Heureusement, quelques textes me rendent un peu d’espoir dans nos politiques. L’un d’eux arrive au Sénat. Je croise les doigts.
Parcours de vie : des migrants entre espoir et épreuves
Bien sûr, tous ne fuient pas la guerre.
J’ai connu une jeune femme qui avait cru les délires des réseaux sociaux et qui avait quitté la Guinée en pensant sincèrement que l’argent poussait sur les arbres en France ! Elle avait été violée par les passeurs, avait perdu son enfant en bas âge ainsi que celui qu’elle portait.
Je l’ai accompagnée dans sa recherche de projet professionnel : elle s’occupe maintenant de nos aînés.
Un autre, orphelin, travaillait dans son pays à vendre de la glace depuis ses huit ans. Il est venu en France mineur. Il n’était jamais allé à l’école, mais il a obtenu ici trois CAP. Aujourd’hui, il est marié, il a trois enfants et il travaille. Mais il a bien failli perdre son emploi, son logement et tout le reste, faute de réponse de la préfecture au moment des différents renouvellements de son titre de séjour.
Un jeune fuyait, non pas la guerre, mais les menaces de mort de tout un village : il avait lutté contre l’excision. À ma connaissance, il vit sans papiers faute d’avoir pu en obtenir. Son cas paraissait fort préoccupant, mais l’administration tatillonne a refusé d’examiner son dossier parce qu’il était tracé comme étant passé par le Portugal. Magouille de passeur : il n’y avait jamais mis un pied. Il a choisi de vivre dans la clandestinité près des siens, plutôt que de se retrouver seul dans un endroit dont il ne parle pas la langue. Vous auriez fait quoi ?
Que dire encore de cette jeune fille, venue du Maroc pour se marier avec un Français qu’elle aimait sincèrement. Il l’a frappée au point de lui faire perdre son enfant et il l’a enfermée, rudoyée, humiliée, coupée de sa famille. Elle a découvert qu’il cachait des liasses de billets et une arme. Elle s’est sauvée chez sa tante, a divorcé et craint dix fois le retrait de son titre de séjour. Elle aussi a vécu ensuite dans l’ombre : impossible de retourner dans son pays pour être montrée du doigt…
Je ne vous détaillerais pas le cas de l’homme que je respecte le plus au monde. Lui a fui la guerre. Il préfère subir les absurdités, les malversations, voire les humiliations, de ceux qui, en France, détiennent un pouvoir dans l’Administration ou l’emploi, plutôt que de faire la moindre vague. Il a trop de respect pour ce pays qui l’a accueilli. Moi, j’aimerais qu’on le reconnaisse à sa juste valeur !
Titres de séjour : quand la lenteur administrative brise des vies
Mais restons donc optimistes après avoir tant fulminé : une proposition de loi vient d’arriver au Sénat. 2
J’ai ragé, enragé, appelé, hurlé, oui. Et je ne constitue pas un cas unique. Combien de personnes avons-nous vues, ces dernières années, perdre leur travail faute de renouvellement de titre de séjour dans les délais ?
Et qui dit perte d’emploi dit disparition de droits, car les services de l’État n’appliquent pas toujours leurs obligations de maintien des allocations et autres. Sans travail, des êtres humains qui menaient une vie stable, qui étaient parfaitement intégrés, comme on le leur demande, se retrouvent à la rue seuls ou en famille, faute de pouvoir payer leur loyer. Ils deviennent hors la loi du jour au lendemain. Que feriez-vous à leur place ?
Moi, j’ai essayé d’alerter le défenseur des droits, le médiateur de la CAF. J’ai obligé mon directeur à signer une lettre. Je l’ai remise à plusieurs élus de ma ville. J’ai tenté d’alerter la préfecture qui, dans le Nord, n’est plus ouverte à qui que ce soit, sauf sur rendez-vous. Et pour obtenir un rendez-vous, il faut entrer dans certaines cases.
Les travailleurs sociaux disposent d’une adresse mail à laquelle ils peuvent envoyer quinze fois la même chose sans réponse et se voient retoqués lorsqu’ils essayent d’accompagner les personnes comme avant la crise sanitaire.
Parfois, le nouveau récépissé finit par tomber du ciel… souvent trop tard.
Alors oui, je ne peux que me réjouir de cet article de vie-publique.fr, même s’il ne s’agit que des titres de séjour de longue durée apparemment :
« La proposition de loi prévoit de rendre automatique le renouvellement des cartes de séjour pluriannuelles et des cartes de résident.
[…]
Elle modifie le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour rendre automatique le renouvellement par les préfectures des cartes de séjour pluriannuelles et des cartes de résident, y compris celles portant la mention “résident de longue durée-UE”.
Les députés ont complété cet article par deux amendements pour :
- poser le principe que le silence gardé par l’administration dans les quatre mois suivant la demande de renouvellement d’un de ces titres longs vaudrait décision implicite d’acceptation ;
- obliger l’administration, lorsqu’elle s’apprête à ne pas renouveler un de ces titres longs sur le fondement d’informations ou de documents recueillis auprès d’organismes tiers, de communiquer à l’étranger concerné la teneur et l’origine de ces informations.
Les députés ont, par ailleurs, demandé au gouvernement la remise de deux rapports pour évaluer :
- l’opportunité de supprimer les taxes et le droit de timbre applicables aux renouvellements des titres de séjour ;
- les conséquences de la perte du droit au séjour pour les étrangers dont la demande de renouvellement d’un titre de séjour long n’a pas été traitée dans un délai de trois mois. »
Ah ! Quand même !
Bon, allez ! Un dernier effort, et on passe aux titres de séjour, en général ! Si on avait moins de problèmes administratifs, on pourrait plus regarder les demandes par l’autre bout de la lorgnette : celui où on voit le vrai besoin, le réel potentiel de ces gens, migrants économiques ou demandeurs d’asile. On parlerait enfin d’authentique solidarité.




